Pour un grand planétarium à Nice ?

Nice est une ville en plein renouveau. Riche de ses musées, expositions et grands projets, elle fait pourtant partie des quelques grandes villes française à ne pas être équipées d’un grand planétarium. Pourquoi ? Quels seraient les avantages d’un tel équipement pour la ville ?

Située entre mer et montagnes, Nice est au coeur d’une Métropole de 550 000 habitants et d’un département qui en compte plus d’un million. Le commerce et le tourisme en font la capitale économique de la Côte d’Azur avec près de 4 millions de visiteurs par an. La ville possède le deuxième parc hôtelier du pays, le premier port de croisière, le deuxième aéroport de France, deux palais des congrès ainsi que plusieurs quartiers d’affaires.

Nice est également bien dotée sur un plan culturel : plusieurs musées, un théâtre national, un opéra, une bibliothèque à vocation régionale, un conservatoire à rayonnement régional, des salles de concert, mais aussi l’Université de Nice Sophia Antipolis ainsi que l’Observatoire de la Côte d’Azur.

Un constat surprenant

Depuis janvier 2012, Nice Côte d’Azur est la première métropole de France. Son siège social, Nice, compte près de 350 000 habitants et se hisse au 5e rang des villes françaises les plus peuplées. Parmi les installations culturelles de la ville, peu sont dédiées aux sciences et techniques. Sur environ vingt musées ou lieux culturels, on n’en dénombre seulement quatre qui concernent le domaine scientifique : le Muséum d’Histoire Naturelle, le Musée de Paléontologie Humaine, le Musée Archéologique et la Maison de l’Environnement. L’offre culturelle est principalement centrée sur le domaine artistique au détriment des sciences et techniques. La situation est comparable au niveau du département des Alpes-Maritimes où les lieux dédiés de la culture scientifique sont minoritaires. Pourtant, la diffusion la culture scientifique est un enjeu majeur de notre société.

Les musées niçois entretiennent, pour la plupart, un lien étroit avec l’histoire locale. Le Muséum d’Histoire Naturelle renferme en effet les collections de Vérany et Barla, deux scientifiques nés à Nice. Les musées de Paléontologie et d’Archéologie se situent tous deux sur des sites datant respectivement de l’époque préhistorique et romaine. Les musées Matisse et Chagall témoignent de l’installation à Nice de ces illustres peintres …

Mais il ne faudrait pas oublier le patrimoine astronomique de Nice et sa région.
C’est bien dans le Comté de Nice, à Perinaldo, que G.Domenico Cassini voit le jour en 1625. Appelé par Louis XIV pour intégrer le tout jeune Observatoire de Paris, Cassini deviendra l’une des figures majeures de l’astronomie française, tout comme ses descendants qui lui succèderont à l’Observatoire de Paris au cours des 17 et 18e siècles.
L’observatoire de Nice, construit à la fin du 19e siècle, fut l’observatoire le plus moderne de son temps et devint l’un des fleurons de l’astronomie française. Il bénéficia du talent de grands noms comme Charles Garnier ou Gustave Eiffel. Aujourd’hui à la pointe de la recherche en astronomie, l’observatoire de la Côte d’Azur jouit d’une renommée internationale.

Dans un tel paysage culturel, où s’entremêlent astronomie et histoire, un lieu de diffusion des connaissances en astronomie trouverait toute sa place.

Qu’est-ce qu’un planétarium ?

Le planétarium est un lieu spécialement conçu pour la diffusion des connaissances en astronomie, et en sciences.
Avec ses puissants calculateurs et ses projecteurs, le planétarium permet de reproduire l’aspect du ciel nocturne en positionnant les corps célestes qui le peuplent (étoiles, planètes, etc.). La salle de projection, équipée de sièges légèrement inclinés, est surmontée d’un écran en forme de demi-sphère qui donne au spectateur la sensation d’immersion dans l’image. Grâce à une base de données régulièrement mise à jour, il devient alors possible de voyager dans le système solaire et la galaxie, de survoler la surface de Mars, de traverser les anneaux de Saturne !

Outil ludique et pédagogique par excellence, le planétarium est le lieu idéal pour :

  • s’émerveiller et éveiller sa curiosité pour l’astronomie et les sciences.
  • s’initier à tout âge à l’astronomie, tout en illustrant une partie des programmes scolaires, de l’école à l’Université.
  • découvrir et comprendre que le ciel régit nos existences (heures, saisons, calendriers) et fait partie d’un patrimoine commun à préserver.
  • s’interroger sur des thématiques liées à l’origine et l’évolution du cosmos : d’où venons-nous ? Quelle est notre place dans l’Univers ? Existe t-il d’autres mondes ?

Un grand planétarium numérique d’environ 10 m de diamètre permettrait, comme ceux qui existent déjà dans d’autres villes, de proposer et d’assurer une large diffusion de la culture scientifique auprès des publics niçois. Il contribuerait par la même occasion à diversifier l’offre culturelle niçoise, encore très centrée sur les arts.

Au delà de la portée pédagogique, le planétarium permet de renouer le lien entre les citadins et le ciel nocturne lequel tend de plus en plus à disparaître à cause de la prolifération des éclairages urbains. De nombreux habitants des villes, et maintenant aussi des campagnes, n’ont jamais pu voir la Voie Lactée, pourtant magnifique dans un ciel suffisamment noir. Une prise de conscience commence à s’opérer sur ce sujet. Outre l’ANPCEN qui oeuvre depuis 1999 pour la préservation de la nuit, des réserves de ciel étoilé ont peu à peu vu le jour dans différents pays, dont la France.

La nécessité d’une diffusion de la culture scientifique n’est plus à établir. Plusieurs enquêtes de la Commission Européenne révèlent chez les européens des lacunes sur des connaissances scientifiques basiques. Dans un rapport de juillet 2003, le Sénat français affirme que la diffusion de la culture scientifique

  • doit être une priorité nationale.
  • a besoin d’être relancée.

Le Sénat pointe également « la nécessité de soutenir les dispositifs de diffusion […] en développant des synergies variées. »

Des planétariums dans d’autres villes

Plusieurs villes françaises s’appuient sur leur planétarium numérique pour proposer une diffusion des connaissances astronomiques et scientifiques avec leur public. La liste ci-dessous répertorie les villes possédant des planétariums d’un diamètre supérieur ou égal à 10 m. Certaines villes comme Paris ou Toulouse comptent deux grands planétariums.

  • Paris (1ère ville peuplée de France)
    2 planétariums (21,5 m, 272 places & 15 m, 208 places).
  • Marseille (2e) : planétarium de 6 m, 30 places.
  • Vaulx-en-Velin (proche Lyon, 3e) : planétarium de 15 m, 150 places
  • Toulouse (4e) : 2 planétariums (20 m, 280 places & 15 m, 133 places).
  • Nice (5e) : planétarium de 4 m, 20 places.
  • Montpellier (8e) : planétarium de 15 m, 152 places.
  • Villeneuve d’Ascq (proche Lille, 10e) : 14 m, 138 places.
  • Rennes (11e) : 14,4 m, 99 places.
  • St Etienne (14e) : 12 m, 82 places (3D).
  • Dijon (17e) : 10 m, 63 places.
  • Cappelle-la-Grande (proche Dunkerque, 43e) : 15,5 m, 119 places
  • Poitiers (48e) : 12 m, 108 places.
  • Tonneville (proche Cherbourg, 186e) : 10 m, 96 places.
  • Epinal (232e) : 10 m, 61 places.
  • Pleumeur-Bodou (proche Guingamp, > 261e) : 20 m, 280 places.
  • Helfaut (proche St-Omer, > 261e) : 15 m, 139 places (3D).

Certaines de ces villes, regroupées en communautés urbaines, sont même allées plus loin. En intégrant leur planétarium dans une structure plus grande et entièrement dédiée à la médiation scientifique, ces communautés ont ainsi créé des répliques locales de la Cité des Sciences. C’est le cas notamment de la communauté urbaine de Dunkerque avec le PLUS (Palais de l’Univers et des Sciences), de la ville de Rennes où se situe l’Espace des Sciences, de Villeneuve d’Ascq qui abrite le Forum Départemental des Sciences ou encore de l’Espace Mendès-France de Poitiers. Certains de ces centres sont regroupés sont labellisés CCSTI.

A titre de comparaison, Nice ne dispose que d’un seul planétarium fixe (non itinérant). D’un diamètre de seulement 4 m, il est géré par une association d’astronomes amateurs et se situe dans la cour d’un collège niçois. Ne pouvant pas accueillir plus de 20 personnes, ses dimensions modestes ne suffisent pas une agglomération de l’envergure de Nice. Même constat en région PACA, où le plus grand planétarium actuellement en service se trouve à l’observatoire de Marseille. Pouvant accueillir jusqu’à 30 personnes sous un dôme de 6 m de diamètre, il est très loin des dimensions nécessaires pour une ville comme Marseille, 2e ville française. Nous sommes loin des planétariums d’une dizaine de mètres de diamètre présents dans des villes pourtant moins peuplées que Nice ou Marseille.
Selon l’Association des Planétariums de Langue Française (APLF) un planétarium de 6 à 12 m de diamètre implanté dans une ville de 300 000 habitants peut recevoir entre 10 000 et 30 000 visiteurs par an, dont 60 % de scolaires (voir).

Un éventail d’activités très riche

On pourrait penser, à première vue, que le planétarium n’est qu’un « cinéma » pour diffuser l’astronomie. Il suffit de visiter les grands planétariums français pour se convaincre qu’il en est tout autrement.

La découverte du ciel nocturne

Les yeux tournés vers le ciel étoilé, le spectateur apprend à reconnaître les principales constellations de nos nuits, comme la Grande Ourse, Cassiopée, ou Orion, à repérer l’étoile polaire et les Pléiades, à suivre le ballet des planètes autour du Soleil, à observer et comprendre les phases de la Lune.
Un médiateur scientifique assure en direct le pilotage et le commentaire de la séance, ce qui permet notamment d’interagir avec le public, d’adapter le discours selon le public visé mais aussi de l’actualiser en fonction des dernières découvertes.

Des exemples ici.

Des spectacles immersifs

C’est une invitation au voyage ! Avec ses puissants calculateurs, sa base de données et ses projecteurs à haute résolution, le spectacle est garanti. Le planétarium entraîne le public aux confins de notre Univers pour mieux le comprendre. Dans une image immersive à 360°, le spectateur est transporté de planète en planète, explore le système solaire, découvre la formation de la Terre, des étoiles ou de l’Univers. Le spectacle immersif et les images de synthèse donnent véritablement l’impression saisissante d’être dans l’espace tout en apportant des contenus scientifiques.

Des exemples ici.

Un théâtre des sciences

Planétarium de la Cité des Sciences (Paris

La science a ses héros !
Archimède, Galilée, Kepler Newton, Einstein : tous sont auréolés d’une légende, tous sont associés à un objet symbolique, à une phrase célèbre mais aussi et surtout à des découvertes majeures.
L’histoire des sciences est pleine de rebondissements et d’intrigues. En d’autres mots, si la science se fait parfois théâtre, pourquoi celui-ci ne pourrait-il pas la mettre en scène ?
L’expérience a été tentée pour la première fois à Paris en 2009 par le planétarium de la Cité des Sciences. Cette animation théâtrale qui allie jeu d’acteurs, lumières, musiques et images projetées sur le dôme a connu un vif succès auprès du public dont j’avais la chance de faire partie (photo) !

Des spectacles musicaux

Les artistes investissent de plus en plus les planétariums qui sont des lieux propices à la rêverie ou la méditation. Ils proposent des spectacles originaux mêlant musique classique ou de relaxation avec des images ou des vidéos projetées sur le dôme du planétarium. Le résultat est un voyage musical et visuel à travers notre univers. Grâce à la musique et aux magnifiques images de ces mondes connus ou inconnus, la performance séduit le public en quête de poésie.

Des activités pluriculturelles

Les planétariums sont les structures idéales pour l’accueil du public lors d’événements tels que la Fête de la Science ou les Journées Européennes du Patrimoine. Bien que la vocation première du planétarium soit la diffusion des connaissances en astronomie, il peut devenir sans transformation matérielle lourde une salle de spectacles audiovisuels ou encore une salle de conférences.

Des expositions temporaires et permanentes

Des expositions temporaires ou permanentes peuvent être installées dans des pièces attenantes à la salle de projection. L’objectif visé est de susciter la curiosité, d’informer et permettre l’acquisition de connaissances sur des thèmes scientifiques ou techniques renouvelés périodiquement.
L’information est présentée sur des supports attractifs tels que le permettent les technologies modernes de la communication et de la muséologie. Des animations peuvent également venir compléter ces expositions.

En conclusion

Difficile de nier l’utilité d’un grand planétarium numérique en matière de diffusion de culture scientifique. La diffusion et le partage des connaissances, plus particulièrement ici en astronomie, est un enjeu national et européen. Plusieurs grandes villes françaises ont fait ce pari, parmi elles des villes moins peuplées que Nice. Un grand planétarium permettrait de compléter l’offre culturelle à Nice tout en faisant écho au riche patrimoine local.
De nos jours, les planétariums innovent et proposent une offre diversifiée, touchant ainsi un public toujours plus large et varié, et s’affranchissent dans le même temps de l’image réductrice qui voudrait en faire de « simples » salles de cinémas.
Que ce soit pour contribuer à la diffusion des connaissances ou pour équiper les grandes villes comme Nice de planétariums numériques, ce point de vue est partagé par différentes personnalités, parmi lesquelles le célèbre astrophysicien Hubert Reeves qui nous livre son point de vue sur les planétariums.

Si, vous aussi, vous pensez que Nice doit s’équiper d’un grand planétarium, alors n’hésitez plus et rejoignez notre groupe sur Facebook ! Pour faire connaître votre avis, une enquête en ligne est disponible. Merci de ne répondre qu’une fois par personne.

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Jean-François Consigli

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