Sur les traces de Galilée en Vénétie

Certaines villes du nord de l’Italie, comme Pise, Padoue, Venise ou Florence, respirent la présence du grand scientifique qu’était Galilée. Monuments, instituts ou demeures, autant de lieux qui entretiennent la mémoire du savant italien. Ces lieux, et leurs liens à Galilée, sont malheureusement assez peu connus et le plus souvent absents des guides touristiques.

 

SOMMAIRE

Galilée à Padoue
Galilée à Venise

Galilée à Padoue

Après avoir enseigné à l’université de Pise, Galilée obtint la chaire de mathématiques de l’Université de Padoue où il s’établit en 1592. Peu connu au moment de son arrivée, il y accomplira des découvertes majeures qui contribueront à sa notoriété. Galilée vivra 18 ans à Padoue. Au moment de quitter la ville, il est devenu célèbre dans toute l’Europe.
En 1604, il énonce la loi de la chute des corps en mentionnant la proportionnalité entre les espaces parcourus et le carré des temps. La même année, il observe une « stella nova », une nouvelle étoile que deux observateurs italiens remarquèrent dès le 9 octobre 1604. Galilée montra que cet astre (en réalité une supernova) était immobile par rapport aux étoiles fixes, et donc situé bien au-delà de la Lune. Ce résultat était en contradiction avec la doctrine de l’époque qui affirmait que les cieux étaient parfaits et immuables.
Vers 1608, Galilée démontra que les projectiles suivaient une trajectoire parabolique. A partir de 1609, il se consacra à la fabrication de lunettes astronomiques qui lui permirent d’observer le ciel. Ces observations le conduirent à écrire et publier en 1610 le « Sidereus Nuncius », un ouvrage fondamental rapportant des découvertes sensationnelles telles que la morphologie de la Lune ou l’existence des satellites de Jupiter.

Les maisons de Galilée

Située au n°127 via del Santo, la maison de Gian Vincenzo Pinelli fut la première demeure de Galilée, de 1592 à 1601, à Padoue. Galilée prépara sa leçon inaugurale à l’Université dans la bibliothèque de Pinelli, riche de très nombreux ouvrages.
En 1601, à la mort de son hôte, Galilée changea de demeure et s’installa au n°43 via Galileo Galilei (via dei Vignali à l’époque), où il vécut jusqu’en 1610. Une plaque, apposée sur la façade, porte l’inscription : « Gli ultimi dei suoi fulgidi anni padovani 1592-1610 Galileo Galilei qui visse. Di qui diede al mondo il presagio dell’era nascente e nostra e qui fu suo ozzio la lingua di ruzzante che nessuno a cui non fosse stata materna seppe scrivere come lui (L’Universita’ di Padova P MCMLIX) ». C’est en observant depuis sa fenêtre et le jardin de la maison qu’il découvrit les quatre satellites de Jupiter.

N.B : il semblerait, malheureusement, que la demeure ne puisse pas être visitée aujourd’hui (décembre 2014)

Maison de Galilée (côté rue) ***

Maison de Galilée (côté rue)

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  • Site à consulter : La Casa padovana di Galileo Galilei
  • Reportage de la télévision japonaise NHK sur la maison du n°43 via Galileo Galilei

Palazzo del Bo

Le Palazzo del Bo abrite le siège de l’Université de Padoue, où Galilée enseigna du 7 décembre 1592 au 7 septembre 1610.

  • La Sala dei Quaranta conserve encore aujourd’hui la chaire en bois utilisée par Galilée, et vraisemblablement aussi par d’autres professeurs.
  • L’Aula Magna est une grande salle où se trouvait à l’origine la chaire de Galilée. Cette salle, la plus vaste, était alors la mieux adaptée pour accueillir le grand nombre d’étudiants et d’auditeurs attirés par les leçons de Galilée. Au milieu du 19e siècle, la salle devint réservée aux cérémonies, ce qui explique la très riche décoration. Au plafond, des peintures datant de 1856, réalisées par Giulio Carlini, représentent Galilée en portrait ainsi que Galilée accompagné de sa lunette. Une plaque commémorative à son honneur ainsi que son emblème (échelle à trois barreaux) ornent également la salle.
  • La Sala delle Colonne (dite « Basilica ») renferme un buste de Galilée, signé Luigi Ferrari.
  • La Sala di Scienze présente un mur peint, réalisé par Ferruccio Ferrazzi en 1940-1942, représentant Galilée et sa lunette. Au plafond de la salle pend une sphère armillaire datée de 1581 et qui, par le passé, se trouvait sur la Torre del Bo. Dans l’Aula di Scienze, un reliquaire conserve la cinquième vertèbre lombaire de Galilée. Cette relique fut prélevée le 12 mars 1737 par Antonio Cocchi, professeur d’anatomie à Florence, à l’occasion de l’exhumation de la dépouille de Galilée, en vue de son inhumation définitive en l’église Santa Croce, à Florence. La vertèbre fut donnée à l’Université en 1823 par Domenico Thiene, médecin.
  • La « Spirale pour Galileo » est une stèle commémorative signée Gio Pomodoro et située dans la cour du Palazzo del Bo. Elle fut installée à l’occasion du quatrième centenaire de l’arrivée en 1592 de Galilée à Padoue.

N.B : les photos, même sans flash, sont malheureusement interdites à l’intérieur des salles du Palazzo del Bo.

Chaire de Galilée *

Chaire de Galilée

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La Bibliothèque du Séminaire

Située au n°29 via del Seminario, elle possède la première édition de l’ouvrage de Galilée « Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo » publié en 1632 suite à une demande du pape Urbain VIII.
A l’intérieur, Galilée y laisse entendre sa préférence pour les thèses héliocentriques, alors interdites par l’Église, et qui le conduiront à un procès où il se verra contraint de se rétracter. Cette première édition contient sur ses pages les notes et les corrections originales faites par Galilée.

Prato della Valle

Cette immense place de forme elliptique est la plus grande place d’Italie. L’île centrale est entourée d’un canal flanqué de 78 statues représentant des soldats, des professeurs ayant enseigné à Padoue, des artistes ou des hommes politiques. La statue n°36 est celle de Galilée. Réalisée en 1780, elle fut commandée au sculpteur Pietro Danieletti par le grand duc de Toscane Léopold 1er.

Statue de Galilée, profil *

Statue de Galilée, profil

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Galilée à Venise

Dans le « Sidereus Nuncius »Messager Céleste »), Galilée relate l’histoire de sa lunette astronomique. Probablement vers le 19-20 juillet 1609, Galilée se trouve à Venise où il apprend l’invention d’un appareil permettant de voir distinctement les objets distants.
Selon les sources, c’est son ami Paolo Sarpi, grand érudit vénitien, qui lui rapporte le détail de cette invention. Signalons que cette « invention » serait attribuée à Hans Lippershey, un opticien hollandais, et daterait d’octobre 1608. Un autre nom est à porter au crédit de l’invention de la lunette, celui de l’opticien italien Giambattista Della Porta. Ce dernier, bien que n’en ayant jamais construite, mentionna la lunette et la combinaison de lentilles dans « Magia Naturalis » publié entre 1558 et 1589. Lippershey, lui, vendit son invention comme longue vue au prince Maurice de Nassau, alors en lutte avec Philippe II d’Espagne pour l’indépendance des Pays-Bas. L’invention, qui n’est pas protégée, est alors rapidement diffusée à travers l’Europe.
Le 21 juillet, Galilée retourne à Padoue et perce, la nuit-même, le secret de l’invention qu’on lui a présentée. On ignore si l’invention lui a seulement été décrite ou s’il a pu en voir un exemplaire. De plus, selon certaines sources, une rumeur aurait averti Galilée qu’un « étranger » présentait l’instrument à Padoue, ce qui aurait précipité le retour du savant. De retour à Padoue, Galilée aurait appris que l’« étranger » avait déjà quitté la ville pour vendre l’invention et son secret à Venise …
Quoiqu’il en soit, le 22 juillet, Galilée construisit un prototype de lunette et en informa ses amis à Venise. Dès lors, il se lança aussitôt dans la réalisation d’un modèle plus performant, grossissant 9 fois, qu’il acheva le 27 juillet. Accompagné d’Antonio Priuli, procurateur de Venise, et d’autres notables, Galilée effectua la première démonstration des performances de la lunette le 21 août 1609 depuis le haut du campanile de San Marco. Le 24 août 1609, Galilée offrit le nouvel instrument à Leonardo Donato, doge de la République de Venise, et fut nommé professeur à vie, avec doublement de salaire, à l’Université de Padoue.
Quatre siècles pus tard, le 7 juin 2009, une plaque commémorative rappelant cet événement est inaugurée en haut du campanile de San Marco, en présence du président de la République italienne, Giorgio Napolitano.

Campanile de San Marco

Campanile de San Marco

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Jean-François Consigli

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