Il était une fois Bernard Milet, astronome

Figure respectée de l’astronomie niçoise, Bernard Milet est la première personne qui me fit découvrir et aimer l’astronomie.

Au début des années 90, nous étions un petit groupe de passionnés qui se retrouvait chaque mardi soir à l’association du Planétarium du Collège Valéri (Nice) pour écouter le grand orateur qu’il était. Je me souviens encore de Bernard Milet évoquant l’événement déclencheur de sa passion pour l’astronomie : une pluie d’étoiles filantes. Ce jour-là, le 9 octobre 1933, près de 200.000 étoiles filantes illuminèrent le ciel entre 20h et 21h30.

D’autres anecdotes racontées lors des cours du mardi soir me reviennent à l’esprit : l’utilisation de fils de cocons d’araignées dans les micromètres à fils, les démonstrations de calcul des heures de lever et coucher des astres, etc. En écoutant et ré-écoutant le professeur Bernard, puis en répétant les tentatives à la maison, je réussis finalement à calculer l’heure de lever d’une étoile. Ce fut une grande satisfaction pour le collégien que j’étais de constater que le résultat correspondait bien à celui fourni par les éphémérides de l’IMCCE (ex- Bureau des Longitudes).

Pendant plus de 40 ans, Bernard Milet fut aussi la plume de la rubrique « Le Coin de l’Astronome » qu’il écrivit pour le journal Nice Matin, jusqu’en 2006. J’attendais chaque mois, avec impatience, la parution de cette rubrique. En plus d’être instructive, elle était fort bien écrite et toujours avec une pointe d’humour. Après son arrêt dans Nice Matin, la rubrique continua sur internet jusqu’en août 2014.

Et puis vint le 11 août 1999, le jour de l’éclipse de Soleil. La précédente, qui fut visible dans le sud de la France, remontait à plus de 30 ans, le 15 février 1961. Bernard, qui au fil des années était devenu un globe-trotter des éclipses, organisa un voyage en car jusqu’en Normandie où l’éclipse allait être totale. Nous observâmes l’éclipse, accompagné d’une équipe de télévision, depuis le magnifique château de Mesnières-en-Bray. Bernard Milet détient également un record du monde, le nombre d’ éclipses de soleil auxquelles il a assisté : 26.

Son parcours

Bernard Milet naît à Joigny (Bourgogne) le 24 août 1925.

  • 1942 – Baccalauréat Latin-Grec (1ère partie).
  • 1943 – Baccalauréat Philosophie-Sciences (2e partie).
  • 1945 – Classe Math’Elem – Certificat de licence de mathématiques générales.
  • 1947-1948 – Licence es Sciences (Toulouse). Il aurait également eu une licence de lettres auparavant…
  • Juin 1949 – Certificat d’astronomie, Diplôme d’études supérieures d’astronomie approfondie (Toulouse).
  • 1949-1950 – Professeur titulaire de français, latin, histoire-géographie pour le corps des 5ème.
  • 8 août 1950 – Astronome à l’Observatoire d’Alger.
  • 1er octobre 1962 – Astronome à l’Observatoire de Bordeaux.
  • 1er avril 1965 – Astronome à l’Observatoire de Nice.
  • 1968 – Lauréat de l’Institut (prix Louis Bonneau).
  • 1969 – Palmes Académiques.
  • 1974 – Membre de l’Association des écrivains scientifiques de France.

L’observatoire de la Bouzaréah (Alger)

Bernard Milet arrive à l’observatoire de la Bouzareah à Alger, le 8 août 1950. Il participa à l’année Géophysique Internationale 1957-1958 et détermina les positions précises de près de 18 000 étoiles à l’aide d’un astrolabe de Danjon. Le 28 février 1952, l’astronome Louis Boyer baptise l’astéroïde n°1630, qu’il vient de découvrir, 1630 Milet

  • Retour sur la période 1950-1962 à l’Observatoire d’Alger (B.Milet, revue « L’Algérianiste » n°86, déc. 1999) (en cas de lien cassé).

L’observatoire de Bordeaux

Affecté à l’observatoire de Bordeaux à partir du 1er octobre 1962, Bernard Milet y établit un catalogue photographique de nébuleuses qui lui vaut d’être Lauréat de l’Institut avec un prix spécial de l’Académie des Sciences. Il restera à l’observatoire jusqu’au 30 mars 1962.

L’observatoire de Nice

Arrivé le 1er avril 1965 à Nice, Bernard Milet devient spécialiste reconnu des petits corps du système solaire (comètes, astéroïdes…). Présent pendant 25 ans à l’observatoire de Nice, il observa astéroïdes et comètes avec l’astrographe double. Fait Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, il reçoit également les Palmes Académiques en 1969.

A l’occasion de l’éclipse totale de Soleil de 1999, une équipe de de France 2 était venue nous rendre visite Bernard au château Mesnières-en-Bray (Normandie).
P.S : l’expérience des oeufs en équilibre est sujet à controverses, comme on peut le lire ici

  • Le journal de 20h de France 2 (11 août 1999, archive INA) – Eclipse solaire en France

Le cadran solaire de la Promenade des Anglais

En 1981, Bernard Milet réalise les calculs nécessaires à la réalisation du grand cadran solaire (photo) du quai Rauba Capeu, sur la promenade des Anglais, à Nice. Installé le 21 juin 1981, ce cadran est un cadran à style humain et indique l’heure solaire grâce à l’ombre de l’observateur.
C’est ce qu’explique une plaque fixée au sol à proximité du cadran : « l’heure solaire déterminée par l’ombre de la tête d’un observateur de 1,70 m placé sur la rosace doit être corrigée suivant la date du nombre de minutes indiqué sur le graphique ». Ce graphique (l’équation du temps) se trouve sur une autre plaque située à côté de la première.

Cadran Milet

Une étoile s’éteint …

Bernard Milet nous a quittés le 15 août 2014. Le journal Nice Matin, pour lequel il signa la rubrique « Le Coin de l’Astronome », lui rend hommage dans son édition du 17 août, en se trompant sur l’orthographe de son nom de famille : « Milet » et non « Millet ». C’était une erreur fréquente dont il se plaignait souvent de son vivant.
La cérémonie religieuse fut célébrée le jeudi 21 août 2014, à 9h45, en la chapelle de la Visitation, place Sainte-Claire, à Nice. J’y étais, en compagnie de quelques autres (trop peu) astronomes amateurs.

Article Milet

Astrographe

En janvier 2015, le livre de Bernard Milet « Mes éclipses et mes voyages en 60 ans d’observations » est publié par le Laboratoire de Recherche sur la Foudre. Bernard y travaillait sur les relations entre activité solaire et orages. Quelques jours avant sa disparition, il avait laissé son manuscrit avec le souhait précis de partager sa passion du ciel avec le plus grand nombre. Le livre a été tiré à seulement 200 exemplaires. Pour plus d’informations et éventuellement se procurer l’ouvrage, cliquez ici.

En janvier 2016, « Le Quart d’Heure des Sciences » consacre une série de trois émissions (2, 9 et 16 janvier) à Bernard Milet sur la radio locale RBA FM. Les podcasts des émissions sont disponibles : 1ère émission – 2e émission – 3e émission.

Galerie d’images

(sources : OCA, OACC)

Jean-François Consigli